De la Guyane vers le Canada
27 ans - Nolywé Delannon (Montréal)

Fonction : Consultante en développement durable
Femmdoubout : « Comment une jeune Guyanaise de 15 ans s’est-elle retrouvée seule en terre canadienne ? »
Mon envie d’ailleurs s’est exprimée alors que je n’étais encore qu’une adolescente. J’ai grandi en Guyane, entourée de parents engagés en politique et pour qui l’horizon était le monde et non « la métropole » - terme que j’abhorre - comme c’est souvent le cas dans les DOM. A l’âge de 12 ans, j’ai donc eu la chance de faire un séjour au Canada – en plus de séjours initiatiques dans la Caraïbe anglophone, en Afrique et aux Etats-Unis – et ma fascination pour ce pays m’a conduite, 3 ans plus tard, à demander à y poursuivre ma scolarité.
Femmdoubout : « N’a-t-il pas été trop difficile de t’adapter à ta société d’accueil ? »
Mon intégration au Canada s’est faite sans la moindre difficulté. Mon jeune âge et l’insouciance qui en découlait m’ont permis de prendre mes marques dans la société montréalaise sans inhibitions, sans appréhension. Et j’ai été accueillie chaleureusement dans tous les lieux de socialisation où je me suis retrouvée, qu’il s’agisse de ma famille d’accueil, de mon lycée ou des clubs de sport auxquels j’ai adhérés.

Femmdoubout : « Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton parcours académique ? »
J’ai obtenu mon baccalauréat dans une école française de Montréal et j’ai ensuite choisi de poursuivre mes études universitaires dans le système canadien. J’y ai fait un Baccalauréat (équivalent deug + licence en France) en Sciences économiques et politiques. Je suis ensuite partie faire un stage de 6 mois à São Paulo, au Brésil, car je désirais ardemment apprendre le portugais. A l’issue de ce séjour enrichissant et fascinant, j’ai poursuivi en Master 1 et 2 en Sciences politiques à Paris, avant de devenir Assistante parlementaire à l’Assemblée nationale. J’ai occupé cette fonction durant 2 années, qui ont été très formatrices et m’ont permis de tisser de nouveaux liens avec la Guyane, de travailler sur des dossiers majeurs liés à mon pays et de m’impliquer de diverses façons dans les affaires intéressant cette région à laquelle je suis profondément attachée.
Femmdoubout : « Quels sont les dossiers liés à la Guyane qui t’ont particulièrement marquée ? »
J’ai aimé travailler sur de nombreux sujets portant sur la santé publique, l’éducation, la continuité territoriale, le développement durable et l’activité spatiale. Par les recherches de fond que j’effectuais pour ma députée, je me suis retrouvée complètement immergée dans les problématiques majeures auxquelles la Guyane est confrontée. Cela m’a permis d’approfondir mon attachement à mon pays et de raviver mon désir de revenir un jour chez moi afin d’apporter ma contribution au développement de cette région enclavée, où tout reste à faire et où nombre de grands principes républicains trouvent une application inégale.

Femmdoubout : « T’arrive t-il souvent de revenir en terre guyanaise ? »
Oui, j’ai eu la chance d’y aller souvent, surtout quand j’occupais ma fonction d’assistante parlementaire. Mes plus beaux souvenirs sont ceux que je garde de séjours effectués dans le cadre d’évènements éducatifs et culturels qu’a organisés ma députée. J’ai eu la chance inestimable de travailler avec des lycéens, de faire des interventions dans le cadre de conférences et de participer au lancement de l’Université populaire de Guyane, où j’ai fait une intervention sur les problématiques liées au territoire guyanais.
Femmdoubout : « Revenons-en à ta vie montréalaise. Qu’est-ce qui distingue ta réinstallation de ton premier séjour ? »
La première différence est liée à mon âge, ma maturité. Je suis revenue à Montréal à l’âge de 27 ans, avec un Bac+5, une expérience professionnelle dans une institution prestigieuse et la maîtrise de 2 langues étrangères – anglais et portugais, plus l’espagnol dont j’ai une bonne connaissance. D’autre part, je suis revenue au Canada avec la volonté à la fois de mettre ma formation à profit et d’autre part de la bonifier. Des contraintes liées aux formalités d’immigration m’ont conduite à demander un statut d’étudiante et à effectuer un DESS en Gestion et développement durable aux HEC Montréal, dans l’attente du statut de résidente permanente, que j’ai entre-temps obtenu. Mais depuis la fin de cette formation, qui m’a beaucoup apporté, j’ai trouvé un premier emploi de consultante dans le cadre d’une mission commandée par une multinationale canadienne.

Femmdoubout : « Qu’envisages-tu pour la suite ? »
Dans les prochains mois, j’espère trouver d’autres missions de consulting, car c’est très formateur. Mais je souhaite commencer un doctorat en Sciences politiques d’ici l’automne prochain. Ce projet m’est dicté à la fois par un souci d’accomplissement personnel et par le fait que j’aspire à occuper les plus hautes fonctions au sein des structures que j’intègrerai durant mon cheminement professionnel.
Propos receuillis par Femmdoubout le 25/08/09
Commentaires
Articles Liés
Murielle Milcent " de la Martinique au Canada"
Caroline Delorme "de Montréal vers la Guyane"
Jennifer Anyla "de la Guadeloupe vers les USA"
Nadia Payet "de la Réunion vers les USA"
Dominique Bouix " de la frontière Franco-Suisse vers la Guyane"
Youna Gunot " de la Martinique vers Bordeaux - Atlanta - Madrid et bientôt Taiwan"
Véronique Barlagne-Garcia " de la Guadeloupe vers l'Espagne"
®




