Elle a quitté son pays pour vivre à l'étranger...

On a toute rêvé un jour certainement, de le faire. Tout laisser derrière soi et tenter sa chance ailleurs, où même tout simplement envie d’une nouvelle vie, une nouvelle expérience mais cette fois ci à l’étranger. Courageuses ou ambitieuses, elles l’ont fait et nous le racontent. Place à des parcours de vie de femmes qui osent prendre leurs destins en main, face à une langue, une culture, un pays différent….
De la Guadeloupe vers le Canada
Eglantine Eliezer-Vanerot Mamet - 28 ans

Fonction : Responsable du Développement chez Gaïa Marketing et Directrice de Mevex Import
Femmdoubout : « Eglantine peux-tu te présenter à nos lectrices? »
Je suis une jeune Guadeloupéenne, mariée et maman d’une petite fille. Née à Paris j’ai vécu pendant 12 ans en Guadeloupe de 6 à 18 ans, puis je suis partie pour Paris le Bac en poche afin de poursuivre mes études dans le domaine de la gestion. Je dirais que je suis une jeune femme curieuse de tout, qui sait ce qu’elle veut et ambitieuse je ne le cache pas. Mon crédo « Actrice et non spectatrice de ma vie »

Femmdoubout : « Entre 2001 et 2008, tu intègres plusieurs grands groupes et oscille du domaine de la gestion aux assurances. Dis- nous en plus…»
Je dirais que depuis la fin de mes études tout a été une histoire de concours de circonstance. Avant la fin de l’année scolaire de ma dernière année d’études, j’ai été embauchée par une entreprise spécialisée dans la gestion de parcs immobiliers pour de grandes entreprises en Ile de France, donc disons qu’à ce moment-là je ne me suis pas trop posé de questions, c’était en rapport avec ce que j’avais étudié. Donc j’ai accepté. Ensuite au gré de mes déménagements en France métropolitaine, mon époux étant sous-officier dans l’armée de l’air à l’époque, j’ai continué mon bonhomme de chemin professionnellement à la Générale des eaux, toujours dans le domaine de la gestion ainsi qu’à Bouygues Télécom etc….Puis lors de mon déménagement dans la ville de Tours, j’ai rencontré une personne lors d’un salon dédié à l’emploi qui m’a proposé d’intégrer une société d’assurance, afin d’assurer l’après-vente des contrats. Et me voilà plongée dans le domaine des assurances pendant trois ans jusqu’à mon départ pour le Canada.
Femmdoubout : « En 2008, tu prends une décision radicale ; t’expatrier au Canada. Sur le moment, était-ce parce que tu ne trouvais plus de sens à ta vie professionnelle ? »
Oui en partie, je ne trouvais plus totalement ma place et surtout la considération n’était pas du tout au rendez-vous. Il était préférable d’être dans les petits papiers pour progresser, et je trouvais cela extrêmement injuste. Le dicton dit que c’est le plus gêné qui s’en va, donc …
Femmdoubout : « As-tu déjà été confrontée à diverses discriminations dans ton milieu professionnel quel qu’il soit ? Est-ce que cela a été un frein pour ton ascension professionnelle ? »
Oh oui !! Une fois il y a de cela quelques années un employeur m’a carrément dit qu’il ne pouvait m’embaucher parce que j’étais noire et que cela ne passerait pas avec ses clients. Il m’a dit que même si je n’avais aucun contact avec la clientèle, le fait de savoir qu’il embauchait une noire les ferait fuir. Très honnêtement cela m’a mise hors de moi, mais j’ai tout de même apprécié qu’il dise la vérité plutôt que de remettre en cause mes compétences, c’était plutôt courageux de sa part….. Un frein peut-être, mais cela n’a en rien entaché ma volonté d’y arriver coute que coute. J’en ai fait une force, c’est ce genre de situation qui me donne le courage d’aller toujours plus loin, et de prouver aux autres que la couleur de ma peau n’est pas un handicap. Et puis je déteste la victimisation, c’est parce que je suis noire etc…. très peu pour moi.

Femmdoubout : « En Amérique du Nord, la femme chef d’entreprise dans son ensemble est jugée importante et très respectée. En t’installant à Montréal, as-tu su saisir des opportunités et donner un axe différent à ton identité managériale grâce à ton statut de femme ? »
C’est vrai que contrairement à la société Française, la société Québécoise est très, voire ultra féministe. Certains hommes en souffrent d’ailleurs. Bon nombre de PDG de grandes entreprises sont des femmes, et il est clair que ça aide. En France mon tempérament de feu était une faiblesse, ici c’est une force, parce que ce sont les femmes ayant mon profil qui sont recherchées en « affaires » donc, oui, j’ai pu redéfinir mon identité managériale au Québec.
Femmdoubout : « Tes parents étaient propriétaires d’un magasin. N’as-tu jamais pensé à prendre leur relais ? Leurs expériences ont-elles réussi à te transmette la fibre entrepreneuriale et commerçante, que l’on ne trouve pas sur les bancs de l’école ?»
Mes parents, plus précisément mon père, n’ont jamais voulu que je reprenne son activité, mon père trouvait que c’était un travail trop difficile et trop ingrat à ses yeux, les horaires de travail à rallonge etc… En ce qui me concerne le commerce n’a jamais été mon domaine de prédilection, donc pas forcément l’envie non plus de reprendre le flambeau. Pour la fibre entrepreneuriale, il est clair que se sont eux qui me l’ont transmise, je les ai vus se démener pour mener à bien leur entreprise. Ils m’ont transmis le gout du travail et de l’effort et je leur en serais éternellement reconnaissante. L’école m’a donné toutes les clés du savoir, mais c’est la vraie vie et l’exemple de mes parents qui m’ont réellement aidé dans ma vie professionnelle. Rien de mieux que la pratique pour se rendre réellement compte de la complexité des choses.
Femmdoubout: « Comment définirais-tu la femme antillaise de cette nouvelle décennie? »
Ouverte sur le monde, beaucoup plus entreprenante qu’avant parce que nous prenons de plus en plus conscience de notre potentiel, nous sommes plus sûres de nous. Il faut dire que ma génération a beaucoup plus voyagé, d’où notre ouverture sur le monde. Elle ne sacrifie plus sa carrière à sa famille, mais trouve un juste milieu, et pour moi c’est cela l’essentiel.

Femmdoubout: « Actuellement, quelle signification donnerais-tu au mot entreprendre ?»
Avoir de l’audace, une dose de confiance en soit, se fixer des objectifs à atteindre et tout faire pour y arriver, et savoir prendre des risques bien calculés. Le plus important s’entourer de personnes expertes dans leur domaine. Et pour finir avoir un mentor dans les premiers temps, qui nous guidera, nous rassurera, et nous aidera à prendre les bonnes décisions.
Femmdoubout : « Quels sont tes projets à venir ? Comptes-tu aussi conquérir le marché guadeloupéen en t’y implantant ? »
Oui effectivement, j’ai deux projets de création d’entreprises en Guadeloupe au cours des prochaines semaines, une qui aidera les chefs d’entreprise à exporter vers le Québec, je proposerai mes services en qualité de consultante. Et un autre projet qui mettra en lumière le patrimoine guadeloupéen et notre culture.
Femmdoubout : « Quels conseils donnerais-tu à une Femmdoubout en devenir ? »
Je me répète mais avoir de l’audace, être bien entourée, savoir prendre des risques. Et enfin prendre conscience que notre meilleur atout c’est d’être une femme !!!
Propos recueillis par Femmdoubout le 17/04/2011
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